Ezéchiel 18,25-28; Psaume 24 (25); Philippiens 2,1-11; Matthieu 21,28-32.
Chers frères et sœurs,
1. Il nous arrive souvent de concevoir l’omniscience de Dieu en ces termes : « Dieu sait tout. Puisqu’il sait tout, il connaît le passé, le présent et l’avenir. Il sait donc qui sera sauvé et qui est déjà condamné. Si tel est le cas, pourquoi nous tracasser ? S’il est établi que je serai condamné à vivre séparé de Dieu pour l’éternité, pourquoi faire des efforts, pourquoi venir à la messe ? Ne serait-il pas préférable de profiter de l’existence ? »
Les lectures d’aujourd’hui nous révèlent le Dieu vivant et vrai, l’Unique, non celui issu de l’imagination humaine. Le Dieu qui se manifeste dans l’Écriture ne nous a pas créés comme des machines ou des logiciels préprogrammés. Il nous a créés libres, capables de changer. En somme, rien n’est joué d’avance. Autrement, nous perdrions notre temps à vouloir marcher sur le chemin de la justice et de la sainteté si notre sort était déjà scellé.
2. Dieu nous a faits pour la vie, une vie qui ne se limite pas à ce monde. Il désire que tous, les bons comme les méchants, puissions vivre éternellement avec lui. Dans la première lecture, la surprise réside surtout dans ce que Dieu dit du méchant. Habituellement, on penserait que Dieu veut la perdition du méchant, et c’est tout. Mais non ! Le Seigneur pose aussi sur lui un regard de miséricorde. Dieu n’aime pas le mal, mais il aime la personne et veut qu’elle vive. Comment ? En se convertissant. En même temps, Dieu encourage celui qui fait le bien à persévérer jusqu’à la fin. Si le méchant se détourne de sa mauvaise conduite, il vivra. Mais si le juste se détourne de sa justice, il mourra. L’être humain est capable de changer, pour le meilleur comme pour le pire, mais Dieu veut que ce soit pour le meilleur.
3. Dans l’Évangile, Jésus poursuit le même thème que le prophète Ézéchiel. Cette fois-ci, il s’adresse à une catégorie d’hommes qui croient n’avoir pas besoin de se convertir: les prêtres et les anciens. Saint Matthieu nous rapporte que Jésus leur adresse spécifiquement la parabole des deux fils. Il y a un fils qui commence mal et finit bien, de même qu’il y en a un qui commence bien et finit mal. Le premier fils avait refusé d’aller travailler à la vigne de son père. Mais après, en revenant à lui-même, il décide d’y aller. Par rapport à la première lecture, il s’agit de la situation du méchant, celui qui avait dit non à Dieu par sa manière de vivre mais qui, par la suite, se convertit et revient au Seigneur. C’est pour Jésus le cas des publicains et des prostituées. Lorsque ces personnes ont entendu le message de conversion du Royaume de Dieu, elles ont changé de mode de vie.
Cependant, il y a le second fils, qui avait dit oui et qui finalement n’a rien fait. Il avait bien commencé mais pour mal terminer. Il nous rappelle, dans la première lecture, la situation du juste qui se détourne du bon chemin. Et Jésus avertit les prêtres et les anciens du peuple qu’ils sont dans cette situation à cause de leur refus de se convertir. C’est alors qu’il leur adresse cette parole choc que nous venons d’entendre : « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume des cieux ».
4. Jésus encourage-t-il les publicains et les prostituées dans leurs mauvaises pratiques? Bien sûr que non. En réalité, si nous suivons la logique de la parabole, le Christ fait référence aux publicains et aux prostituées repentis. Il est vrai que pour les gens, pour ces prêtres et ces anciens, ce ne sont ni plus ni moins que des publicains et des prostituées. Mais pour le Seigneur, il s’agit de personnes renouvelées sur la route du salut. Ces personnes considérées comme détestables sont présentées comme des modèles de coopération avec la grâce divine.
5. Pour nous aujourd’hui, retenons que nous serons jugés sur nos actes et non sur nos belles paroles. Ce qui compte, c’est de faire la volonté de Dieu. Ce ne sont pas même les belles paroles que nous professons, même si elles ont leur importance. Combien de promesses avons-nous faites et qui ne sont pas respectées ? Il ne suffit pas, par exemple, d’avoir dit ceci ou cela le jour de son mariage. Il faut le faire, dans le meilleur comme dans le pire, dans la santé comme dans la maladie.
6. Enfin, le Seigneur notre Dieu ne nous enferme pas dans le passé, quel que soit ce que nous avons commis. Le Christ nous libère de l’esclavage du passé. La pire des insultes à sa miséricorde, c’est de croire que ce que nous avons fait est trop grand pour elle. De la même manière, n’enfermons pas les autres dans leur passé. Il y a des personnes, même après avoir confessé leurs péchés, reçu l’absolution et accompli leur pénitence, qui ne croient pas avoir été pardonnées par Dieu. Cela montre qu’elles sont encore prisonnières du passé. Le Christ Jésus nous tend la main pour nous libérer de toutes nos prisons, y compris la prison de l’existence qui nous enferme dans les cellules du passé. Allons-nous saisir l’opportunité qui nous est offerte ? Amen.

